Evoluer dans un milieu international : échanges et veille multilingue

De nombreux observateurs s’accordent à dire que la France manque de sociétés exportatrices. Les quelques poids lourds du secteur aérospatial et de la défense, qui ont en majorité une dimension européenne ou mondiale, ne doivent pas occulter une chaîne de valeur pour laquelle l’internationalisation est un véritable défi. Pour délivrer toute sa valeur ajoutée, l’internationalisation ne doit pas se résumer à une collection d’accords ou d’actifs internationaux. Bien plus complexe, elle implique une véritable culture d’échanges avec l’étranger qui ne se réduit pas à l’emploi de l’anglais ou à des négociations aux étages hiérarchiques supérieurs. Ce défi important pour de nombreux acteurs du secteur, de la PME au grand groupe, est à la hauteur de l’enjeu : se maintenir sur un marché de plus en plus ouvert. Comprendre les développements techniques des uns, les orientations stratégiques des autres, c’est avant tout apprendre des autres pour se questionner sur soi-même. Cet apprentissage peut être le fruit d’échanges internationaux ou celui d’une veille multilingue.

 

Les échanges internationaux

On a tendance à penser que la connaissance de l’anglais répond à cette problématique et ouvre à elle seule la porte à l’international. Si cette langue internationale de facto autorise l’échange, celui-ci reste trop souvent partiel et de qualité bien inférieure à un échange similaire dans la langue maternelle des interlocuteurs. Même dans de grandes entreprises internationales du secteur avec une forte implantation en Europe continentale, l’anglais – langue officielle – n’est souvent utilisé que comme langue d’interface. Aussi n’est-il pas rare que suite à un échange circonstancié en français de messages, un dernier message approximatif et peu détaillé en anglais soit envoyé au correspondant étranger. Non seulement cette pratique courante nuit indéniablement à l’image des acteurs français à l’étranger mais elle pose ouvertement la question de l’efficacité d’une coopération réduite à un simple rôle d’interface. La langue reste aujourd’hui trop souvent un frein quotidien aux synergies qui pourraient résulter d’un véritable échange multiculturel. Lorsque la majorité des acteurs partage la même langue maternelle – ce qui est relativement fréquent, il peut être pertinent d’adopter cette langue pour l’échange après s’être bien entendu assuré de la maîtrise de ladite langue par les autres acteurs. L’expérience montre alors une plus grande précision et efficacité de la collaboration que lorsque tous les acteurs sont contraints à s’exprimer dans une langue universelle, qui leur est souvent étrangère. Cette forme de collaboration se heurte toutefois au fait que la maîtrise des langues étrangères autres que l’anglais est souvent restreinte. La culture française est relativement peu exigeante vis-à-vis des langues étrangères. S’il est bien entendu impossible de maîtriser l’ensemble des langues des acteurs d’un domaine, la traduction professionnelle de documents ciblés peut largement faciliter les échanges, qu’il s’agisse de sa propre documentation ou celle d’autres acteurs. Aller au-delà des communications officielles en anglais permet d’accroître l’intérêt de ses interlocuteurs et de recueillir de précieuses informations.

 

La veille multilingue

La maîtrise des langues étrangères, a fortiori autres que l’anglais, devient d’autant plus capitale lorsque l’échange fait place au recueil et à l’analyse de documents. C’est d’autant plus vrai pour les informations qu’un acteur (entreprise, agence d’état, association) ne souhaite pas nécessairement publier. Néanmoins un faisceau d’éléments peuvent les suggérer à qui lit attentivement dans la langue d’origine des documents sur ledit acteur. Ce travail exige beaucoup de temps, la revue de très nombreux documents et surtout la capacité à cibler l’information. La multiplication récente des informations disponibles (une étude publiée mi-2011 prévoyait que le volume d’informations d’internet allait plus que doubler tous les deux ans… Pour la seule année 2011 l’étude estimait que 1800 milliards de gigaoctets de données seraient générées ou copiées – les visionner demanderait 47 millions d’années à une personne ! [1]) constitue tant une opportunité qu’un véritable défi. Si le nombre de sources potentielles accessibles à tous explose, leur traitement et l’évaluation de leur fiabilité se complexifient. Ces dernières années, il a souvent été fait référence au « Big Data », certains y voyant une révolution, y compris pour l’intelligence économique. Ce qui n’est autre que le traitement massif de données, y compris hétérogènes, est indéniablement un atout pour certains aspects de la veille. Néanmoins, cette exploitation automatisée et massive de données ne pose pas que des problèmes de mise en œuvre technique : l’analyse pertinente des résultats peut s’avérer très complexe, surtout quand la fiabilité des sources est inconnue et l’information source non structurée. Or, dans de nombreux cas, la veille ne repose pas sur des informations structurées mais sur une analyse manuelle et ciblée d’un analyste du secteur recherchant des informations qui peuvent revêtir des formes très diverses. Les détails peuvent s’avérer primordiaux, en particulier pour la veille technologique. Les mots utilisés ayant toute leur signification, il est alors capital de travailler dans la langue du texte. La veille multilingue consiste donc à rechercher, collecter et analyser dans les langues sources des informations ciblées avant d’établir un résumé des informations pertinentes dans la langue souhaitée. Cela nécessite une expérience technique internationale et multilingue dans le secteur aérospatial.

La veille multilingue permet aux entreprises évoluant dans un environnement international d’obtenir des informations ciblées par le biais d’analyses de sources publiées dans différentes langues. Elle ouvre de nouvelles opportunités, les sources étant à la fois plus nombreuses et plus diverses ; après traitement et de multiples analyses comparatives, l’information extraite est souvent plus pertinente et étoffée.

 

Certaines grandes entreprises disposent depuis de nombreuses années de départements dédiés à l’intelligence économique. Le volume d’informations à traiter peut néanmoins s’avérer colossal. De plus, l’information non anglophone ou non francophone ne reçoit pas toujours le degré d’attention nécessaire. La traduction automatique ne saurait à cet égard qu’être très partiellement palliative. En outre, particulièrement dans les grandes entreprises aux structures complexes, l’information traitée n’est pas toujours accessible ou connue des personnes qui sauraient l’exploiter au mieux. Ce véritable défi dépasse le cadre de l’intelligence économique mais il montre à quel point il est difficile de mettre en place une véritable culture d’intelligence économique au sein d’une organisation.

Même incomplète la veille a une valeur ajoutée indéniable, a fortiori pour les PME, qui sont elles-mêmes plus vulnérables vis-à-vis de la concurrence. Constituer un département veille ou plus simplement un poste dédié à cette activité est pourtant très souvent impossible pour beaucoup d’entreprises. Coût trop important pour des besoins souvent ponctuels et difficultés de recrutement, a fortiori pour la veille multilingue dans un domaine d’activité précis sont autant d’obstacles. Pour répondre à ce besoin et permettre ainsi aux PME de tirer au mieux profit de leurs capacités d’innovation et de réactivité, des sociétés dédiées proposent des services de veille multilingue sur mesure, spécialisées dans le secteur aérospatial et de la défense.

Avec l’Allemagne et le Royaume-Uni, la France joue un rôle moteur dans l’Europe aérospatiale. Ses sociétés et laboratoires disposent d’indéniables atouts. Tout aussi décisive est aujourd’hui la capacité à travailler efficacement et très régulièrement à tous les échelons avec des partenaires étrangers. Elle le sera de plus en plus sur un marché – notamment dans le secteur de la Défense – qui tend à se rationaliser et dans un environnement européen de plus en plus marqué. Cette transition vers l’international, parfois plus vécue comme une contrainte que comme une opportunité, impose une culture d’ouverture et de prospection en dehors des frontières. Prometteuse pour les organismes sachant en tirer profit, elle constituera sans aucun doute un enjeu majeur des prochaines années.

 

[1] Etude de la société d’études de marché International Data Corporation (IDC) commanditée par la société EMC – 28 juin 2011 http://france.emc.com/about/news/press/2011/20110628-01.htm

 

Photo: Symbole de l’importance grandissante de la coopération européenne dans les programmes aérospatiaux : démonstration commune d’un Tigre HAP français et d’un Tigre UHT allemand (à droite). – Salon du Bourget 2013

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