Note sur les décisions Ariane 6

Des décisions sur le futur de la filière Ariane étaient attendues depuis dix ans. Elles sont intervenues à Luxembourg le 2 décembre 2014 par décision du conseil de l’Agence Spatiale Européenne (ASE/ESA) réuni au niveau des ministres. Quelles sont-elles pour l’essentiel ?

  • L’industrie devient « Design Authority » des lanceurs et assume les risques liés à la conception tout au long du cycle de vie ainsi que les risques commerciaux.
  • Un nouveau lanceur de 70 mètres de haut, Ariane 6, de 4,6 m. de diamètre pour le corps principal, propulsé par un moteur Vulcain II (poussée 1.350 kN) pour le 1er étage H 140 et par le moteur ré allumable VINCI (poussée 180 kN) pour le 2éme étage H 30.
  • Cette architecture - qui signifie le renoncement à l’option soutenue en 2013 de lanceur mono charge à poudre (4 moteurs à propergol solide) dite PPH - est proposée en deux versions : une version lourde de 800 t. Ariane 64 (pour une masse à lancer typiquement de 10,9 t en GTO, ou 2 satellites de 5 t en dual launch) et une version plus petite Ariane 62 de 500 t (pour des masses à lancer en orbite héliosynchrone SSO typiquement de 5,6 t ou de 5,8 t en GTO). L’option Ariane 5 ME est abandonnée.
  • Autour du premier étage à carburant liquide à la base sont fixés des accélérateurs à propergol solide P 120 C (3.500 kN) à raison de 2 pour la version Ariane 62 et 4 pour la version lourde Ariane 64.
  • Par ailleurs ont été souscrits le programme FLPP (Future Launchers Preparatory Programme) destiné à soutenir la R&T amont future et un programme « Launchers Exploitation Accompaniment Program » (LEAP) finançant l’aide à l’exploitation et le maintien de la qualification en production.

S’agissant des financements, on retiendra de façon factuelle à ce stade que les souscriptions Ariane, au niveau de 2.928 M€ (2015-2022) pour Ariane 6 et de 719 M€ pour les boosters P 120, sont prises en charge pour l’essentiel par la France et l’Allemagne (à hauteur respectivement de 52 % et 22 %, les contributions allemandes notamment au niveau industriel et du Land de Bavière restant à affiner). Quant aux prix de lancement, ils seraient, suivant l’ESA, de 60-70M€ pour Ariane 62 en lancement simple ; et entre 90 et 115 M€ en GTO (suivant la masse des satellites à coupler en lancement double) pour Ariane 64.

L’industrie est en mesure de se confronter à tous ces défis. Ils sont naturellement financiers, mais aussi calendaires. Au plan technique, ils ne sont pas moindres : faire évoluer le lanceur, son diamètre, sa motorisation, modifier l’aménagement des réservoirs (pas de fond commun), développer de nouveaux accélérateurs à propergol solide… Au final l’objectif est d’assurer l’accès à l’espace de la communauté européenne au moyen d’un lanceur moderne aussi fiable qu’Ariane 5 et qui soit commercialisable à un prix compétitif à la fois pour le marché institutionnel et pour le marché commercial mondial, Vega C étant disponible pour les petites charges. Une nouvelle organisation industrielle a été mise en place dans cette perspective avec la création de la Joint venture « Airbus Safran Launchers », dorénavant Prime complet pour le lanceur, le CNES étant maître d’œuvre d’un nouvel ensemble de lancement (ELA) dédié à Ariane 6, et l’ESA maître de l’ouvrage du système. De cette organisation novatrice sont attendus des progrès de productivité et des gains de coût significatifs grâce à des méthodes de travail modernisées et une relation avec l’ESA simplifiée. Par prudence, considérant l’ampleur des enjeux, un rendez vous a toutefois été prévu par les ministres fin 2016 à Lucerne.

 

Photographie issue de l'Usine Nouvelle

Réagissez !

Une précédente communication sur Ariane 6 faisait apparaître ce lanceur comme moins puissant que son prédécesseur !... Dans ce contexte, l'entreprise para-NASA "SpaceX" annonçait réaliser un lanceur "Falcon" dépassant tous les autres , dont "Energiya" ( dont l'outil industriel aurait disparu ! ) voire "Saturn 5" !... Merci si l'info sent quelque peu sa fanfaronnade ( "SpaceX" et autres n'étant que la privatisation rampante du service public ...) , on ne pourrait que constater le paradoxe, l'Europe laissant un boulevard concurrentiel au seul domaine aérospatial où elle occupe le haut du panier !... Cette annonce des versions 62 et 64 des versions d'Ariane remet quelque peu les pendules à l'heure !... ( Même si je déplore cet ostracisme obstiné envers les missions habitées... sauf pour fournir des camions-benne à l'allié international US !...)

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